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18 Octobre 2017 | 28, Tishri 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Judaïsme

Rabbin Michaël Azoulay: Pour une définition de la communauté juive

(Flash90.)

L’obligation de prendre les quatre espèces végétales décrites dans le présent numéro, constitue un élément central de la fête de Souccot.

La Torah, comme à son habitude, ne donne pas de raison à ce commandement, mais nos sages ont proposé plusieurs explications à ce rite « bucolique ». La plus connue d’entre elles, mais mesure-t-on réellement sa portée, consiste à voir dans ces quatre espèces les quatre sortes de juifs qui composent le peuple juif. Le cédrat, comestible et dégageant une odeur agréable, représente le juif « complet » qui s’adonne à l’étude des textes religieux du judaïsme et dont la vie est régie par le Choul’han ‘aroukh (codification de la loi juive rédigée par rabbi Joseph Caro et annotée par rabbi Moïse Isserles). Le palmier symbolise le juif instruit mais non observant (il produit des dattes que l’on consomme, mais il n’a pas de parfum). Les branches de myrte (au parfum agréable mais non comestibles) renvoient au juif pratiquant « traditionaliste » qui n’étudie pas la Torah. Enfin, les branches de saule, ni consommables ni odoriférantes, correspondent au juif qui, ni n’étudie, ni ne pratique. S’il venait à manquer une seule de ces quatre espèces, y compris la dernière, la mitsva (commandement) ne pourrait être accomplie. Lorsque l’on prononce le mot communauté, l’on pense intuitivement aux personnes qui fréquentent plus ou moins régulièrement les synagogues. On a ainsi tendance à oublier que l’immense majorité de notre communauté ne les fréquente pas, ou très épisodiquement. Cela reviendrait ainsi à dire que cette majorité « absente » ne fait pas partie de la communauté. Or, cette approche de la communauté est réductrice et exclusive, tout en comportant indéniablement une part de vérité. Réductrice parce qu’il existe bien d’autres manières de se rattacher à une communauté, que la fréquentation d’une synagogue. Et d’une manière générale, ce n’est pas le religieux, c’est-à-dire, les rites et les croyances, qui définissent exclusivement l’identité juive. Être juif c’est d’abord être, pour reprendre l’analyse du regretté Professeur Gross, l’un de nos éminents penseurs juifs contemporains. Un destin s’impose à vous. C’est avant tout une histoire, un destin commun, qui fait de nous des juifs. Que l’on soit un juif religieux, attaché à l’Etat d’Israël, ou même athée, on n’en est pas moins juif. Aujourd’hui presque chaque communauté possède un centre communautaire, dont la vocation n’est pas cultuelle, mais qui a toute sa place parce qu’il se préoccupe à sa manière du destin d’Israël. La communauté, ce sont aussi celles et ceux qui fréquentent les centres communautaires, et nul ne peut s’arroger le droit de décider qui appartient ou n’appartient pas à la communauté.

Rappel utile à l’issue du jour le plus intense de l’année juive, le Yom Kippour, où les « quatre sortes de juifs » se retrouvent dans les synagogues, mais où tant d’autres en sont absents. 


Surplus de responsabilité

Toutefois, la part de vérité qui se cache dans la tentation de définir la communauté, par référence incontournable à la synagogue, donc, au cultuel, c’est que, si être juif c’est d’abord et avant tout être, il n’en reste pas moins qu’être pleinement juif, c’est faire plus que subir un destin, en choisissant de l’assumer, le transformant ainsi en une vocation, en faisant d’une fatalité un choix. Un biographe de Martin Luther King a écrit que ce dernier « a choisi d’être choisi ». C’est certainement ce à quoi invite avec le plus d’insistance le Yom Kippour. De nos jours, plus que jamais, cette vocation doit s’accomplir nécessairement dans trois directions prises par le destin singulier du peuple juif et que nous rappelle judicieusement Benno Gross : le « peuple d’Israël », la « Torah d’Israël » et la « Terre d’Israël ». Inconsciemment, celui qui ne fréquente pas la synagogue, parce que les croyances et/ou les rites n’occupent pas une place ou qu’une toute petite place dans sa vie, et sur lequel il n’est pas question de porter le moindre jugement moral - nous avons tous et toutes nos propres parcours de vie - sait, ressent au plus profond de lui-même, que ce sont ces croyances et ces rites qui fondent notre spécificité juive, et qui ont permis à notre peuple de survivre aux vicissitudes de son histoire. Feu Ariel Sharon expliquait à un journaliste qui l’interrogeait, qu’il n’était pas, lui-même, pratiquant, mais que l’image de son grand-père orthodoxe, l’avait marqué à tout jamais, parce qu’il représentait la pérennité du judaïsme, même aux yeux de ceux qui, comme Sharon, ne souhaitaient pas  adopter ce mode de vie si exigeant.

Que ceux qui fréquentent la synagogue, n’oublient jamais qu’ils ne sont pas la communauté, que l’attachement à la synagogue n’octroie pas un privilège, mais un surplus de responsabilité quant à celles et ceux qui y viennent moins souvent et qui seront donc d’autant plus sensibles à la manière dont vous les y accueillez. Tel est le message du bouquet de Souccot qui prolonge opportunément l’unité ressentie lors du Yom Kippour.

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