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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayéra : D’une foi à l’autre

A la lecture du sacrifice d’Its’hak, le philosophe danois Kierkegaard était saisi d’un vertige existentiel, tant cet épisode biblique le dépassait. Comment un homme comme Avraham qui propage le monothéisme peut-il s’apprêter à commettre, sur la demande de D.ieu, un acte qui s’apparente aux pratiques idolâtres de l’époque et contre lesquelles il lutta toute sa vie ? Il est évident que D.ieu ne voulait pas qu’Avraham égorge son fils, comme le texte et Rachi nous le prouvera. La demande divine s’inscrit dans un autre projet : définir les grandes lignes de la foi naissante d’Israël et dont Avraham fut l’initiateur.

Mais avant de définir la foi selon le judaïsme, il nous faut situer l’épreuve à laquelle était confronté Avraham. Certains diront qu’il devait alors surmonter l’amour qu’il avait pour son fils pour accomplir l’ordre de D.ieu. Les commentateurs repoussent cette option car Avraham avait une maîtrise totale de ses sentiments qui ne pouvaient en aucune manière aller à l’encontre de sa foi : la soumission à la volonté divine était, chez lui, totale. Bien plus, il exécuta l’ordre divin, non comme une contrainte mais avec enthousiasme, ce qui dénote chez lui, une volonté sincère d’accomplir ce que D.ieu lui demandait. L’explication est ailleurs et nous donne une première étape de la compréhension de la foi juive.

Le point de rupture

La grandeur  d’Avraham réside dans le fait que D.ieu lui annonça, avant le sacrifice, que son fils serait à l’origine d’une grande nation, pour lui demander juste après… d’égorger ce fils ! Une chose et son contraire. Tout être humain sensé ne peut ignorer la question : puis-je tuer un jeune homme promis à un avenir par D.ieu lui-même ? Avraham afficha alors une foi au-dessus de toute compréhension rationnelle et partit vers le mont Moria exécuter l’ordre divin avec la certitude que son fils deviendrait une grande nation. On peut ici comprendre un verset étonnant du récit. Au troisième jour du voyage vers le lieu du sacrifice, Avraham demande aux deux hommes qui l’accompagnent, Eliezer et Yshmaël, de ne pas continuer la route avec lui et Its’hak : « …restez ici avec l’âne et moi et le jeune homme irons jusque là bas… ». Cette séparation est le point de rupture entre la foi d’Israël et celle des nations. Pour un Juif, la foi en D.ieu n’est pas une simple croyance en l’existence du Créateur. C’est la conviction que D.ieu dépasse tous les paramètres humains et qu’Il ne peut être appréhendé selon la logique des hommes. A l’approche du lieu du sacrifice, Avraham signifie à Eliezer et Yshmaël (symboles des peuples du monde) que sa foi dépasse celle des autres hommes. L’âne évoqué par le verset se dit « ’hamor », en hébreu, qui peut se lire « ’homer », la matière, comme pour dire que la perception du divin par les nations est liée avec la matière.

Vers un D.ieu infini

La matière, ici, évoque le corps et tout ce qui en dépend : l’intellect, les sentiments, le monde naturel. Toutes les religions du monde accèdent à D.ieu par l’expérience de la réflexion. Leurs choix sont purement idéologiques ou circonstanciés. Ce sont eux qui les conduiront à la foi. C’est parce que les religions ont compris D.ieu qu’elles croiront en Lui. Dans le judaïsme, c’est le contraire : Avraham atteint le somment de la foi, précisément parce qu’il a mis de côté tout ce qui fait un homme : sa réflexion. Certes, à la suite de la foi, l’étude de la Thora sera grandie mais c’est la foi qui élèvera constamment l’homme vers un D.ieu infini. Et c’est d’ailleurs pourquoi notre paracha débute par l’annonce de la naissance miraculeuse de Its’hak. Le premier enfant juif vient au monde par miracle. Pour confirmer que notre histoire commencée au-delà de l’humain se poursuit bien plus haut que la destinée des peuples du monde.

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