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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Culture/Télé

Boris Cyrulnik : « Je suis un juif culturel »

(DR)

Dans « Psychothérapie de D.ieu », son nouvel essai qui paraît aux éditions Odile Jacob, le célèbre neuropsychiatre, concepteur de la notion de « résilience », sonde l’effet psychologique des croyances.

Actualité Juive : Dans ce livre, vous vous intéressez plus à ce que vous appelez « l’effet psychologique de la croyance », qu’à D.ieu lui-même. Pourquoi avoir fait ce choix ? 

Boris Cyrulnik : J’ai volontairement choisi d’écarter l’histoire des religions, ou du D.ieu créateur. J’ai essayé de ne traiter que l’effet psychologique de la croyance. Je me suis posé en psychiatre et non en religieux. Certains spécialistes seraient mieux à même d’étudier l’histoire du D.ieu créateur. Je ne voulais pas faire un livre sur le dogme, car je ne suis pas un grand connaisseur. Enfin, j’ai voulu traiter le problème de la croyance en D.ieu sous l’aspect psychologique, car cela n’avait pas encore été étudié auparavant. J’avais beaucoup de témoignages de patients qui me disaient « heureusement que je suis croyant, c’est une aide et un soutien ». Quelles que soient leurs religions, des mécanismes psychiques se mettent en place et je voulais des explications. 

 Il y a des moments où on a plus besoin de D.ieu et des moments où on s’en éloigne. De plus cela varie d’une culture à l’autre et d’une époque à l’autre. D’ailleurs le titre de ce livre vient de la pièce d’Elie Wiesel « Zalmen ou la folie de D.ieu », publié en 1968. 


A.J.: « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas » avait écrit  André Malraux, présentant ce que l’on appelle aujourd’hui, « le retour du religieux ». Qu’en pensez-vous ?

B. C. : Tout dépend. Des études montrent que les Etats-Unis n’éliraient jamais un président athée par exemple, mais parallèlement, l’athéisme flambe partout. Aux Etats-Unis, au Canada, qui étaient très catholiques il y a encore une génération, la génération d’après a évacué la question de D.ieu. Le facteur culturel a une importance primordiale. La croyance en D.ieu devient presque obligatoire au Proche-Orient où il devient difficile de ne plus être musulman. En Occident il y a une dilution de D.ieu et en même temps, la résurgence qui se prépare du retour d’un D.ieu radical, dans toutes les religions. On parle du retour du D.ieu totalitaire à cause d’une minorité de musulmans qui posent des bombes. Cela disqualifie la majorité musulmane qui est fréquentable alors que la majorité en est victime. Dans cette radicalité il y a une morale perverse selon laquelle le religieux est très moral vis-a-vis de ses coreligionnaires, mais sans empathie avec ceux qui ont choisi une autre religion ou croyance. 


A.J.: Votre livre parle de la résilience de D.ieu. En quoi consiste cette thèse ? 

B. C. : C’est difficile de traverser la vie sans épreuves. Des épreuves plus ou moins graves qui dépendent aussi des moments de la vie. Or, on constate que ceux qui ont une croyance, surmontent mieux ces épreuves, parce que la spiritualité donne accès à un sentiment de transcendance, à un espoir, à un courage, une force qui aide et guide. Et la religiosité augmente la solidarité : on s’entraide plus facilement entre individus d’un même groupe religieux. En cas de détresse, une solidarité se développe. Il y a un effet de socialisation des âmes et de solidarité affective provoquée par les religions.  On constate qu’en cas de malheur, les religieux se sentent soutenus et donnent sens. Or les deux mots-clés de la résilience sont le soutien et le sens. La religion apporte cela. En cas de paix comme en temps de guerre, les religieux tiennent le coup car ils ont ce sens de la solidarité permise par la religion et par l’impression de transcendance que permet la spiritualité. 


A.J.: Quel est votre rapport personnel à D.ieu ? Croyez-vous en lui ?

B.C. : Non je ne crois pas en D.ieu. Vous savez, ma mère m’a mis à l’assistance publique la veille de son arrestation par la gestapo, j’étais encore un tout petit enfant. Elle n’avait pas de famille. Toute ma famille a été déportée ou est morte à Auschwitz et la première fois que j’ai entendu le mot « juif », c’est la première fois que j‘ai été arrêté. Donc j’ai découvert de cette façon le judaïsme, à 6 ans et demi, avant cela personne ne m’avait encore parlé et présenté le judaïsme. J’ai été protégé par des justes chrétiens qui ne m’ont pas imposé leur religion. Au sortir de la guerre, j’ai découvert pour la première fois la synagogue, la religion, mais j’avais 10 ans. C’était trop tard pour en être imprégné donc je suis resté sans D.ieu tout le reste de ma vie. D.ieu ne m’a pas rendu visite, Il ne m’a pas appelé. Mais j’ai encore le temps de choisir, sait-on jamais, je n’ai que 80 ans (rire). Je me reconnais comme juif parce que je suis d’origine juive, parce que ma famille était juive donc je suis imprégné par cette condition, je le fais savoir en public, mais j’ai peu de connaissances sur le judaïsme. Je le découvre ces dernières décennies. On peut considérer que je suis un juif culturel.


Boris Cyrulnik, « Psychothérapie de D.ieu », Odile Jacob, 314 pages, 22,90 euros

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