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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Culture/Télé

David Lemler : « Neher a cherché dans la Bible la ressource principale de la pensée juive »

(DR)

Ce spécialiste de philosophie juive dirige un ouvrage collectif sur André Neher*, reprenant les actes d’un colloque tenu l’an dernier, à l’université de Strasbourg.

Actualité Juive : Vous soutenez l’idée qu’André Neher, souvent évoqué, a pourtant été peu lu. Comment expliquer ce paradoxe ?
David Lemler :
Plusieurs livres ont été publiés sur son œuvre depuis sa mort. Mais  ils ont été écrits ou dirigés par des disciples ou des intellectuels de la génération suivante. La transmission de sa pensée par la suite ne s’est pas faite.
A la différence d’Emmanuel Levinas, André Neher a été assigné aux études juives et à une pensée juive de l’immédiat après-guerre. Pourtant, celle-ci n’est pas seulement un témoignage historique, mais une œuvre riche et stimulante. L’ouvrage est une invitation à découvrir ou redécouvrir son action et sa pensée.

A.J.: Peut-on le comparer à Léon Askenazi ?
D. L. :
Un même schéma rapproche ces deux figures de la vie juive intellectuelle d’après-guerre. A partir du moment où ils se sont installés en Israël, ils ont rompu avec la galout, avec la volonté d’importer en Israël une pensée juive française. Neher a certes donné quelques enseignements à l’Université ou ailleurs en Israël. Mais ses œuvres principales attendent toujours un traducteur qui les feraient connaître au public  israélien.

A.J.: Son alyah marque-t-elle un tournant dans sa pensée ?
D. L. :
Non, André Neher s’est toujours dit sioniste. Ce qui évolue, c’est le style de ses écrits. Très universitaire au début de sa carrière, il s’affirme plus libre au fur et à mesure des années, dénué de la volonté d’être reconnu par l’Université française. Politiquement également, il s’oriente de plus en plus, après la guerre de 1967, où il a pensé qu’Israël était menacé par une nouvelle Shoah, vers la droite religieuse sioniste.

A.J.: Ce recueil d’interventions présente André  Neher comme un maître de l’humanisme juif. Qu’est-ce que recouvre cette notion ?
D.L. :
Pour Neher, le concept central de la pensée juive est celui de brith, d’alliance. L’homme est associé à D-ieu dans le projet de la création du monde. Cela se traduit dans le prophétisme biblique par une exigence de justice absolue, qui s’exprime toujours à partir d’une situation singulière. Contrairement à Levinas, c’est dans la Bible plutôt que le Talmud que Neher a cherché la ressource principale de la pensée juive.

A.J.: Promoteur de l’hébreu moderne à l’université, André Neher se détache également par la beauté de son style littéraire en français.
D.L. :
Il a une haute idée de la langue française et a cultivé un style personnel. Sa passion de la musique a pu se retrouver sous sa plume.

* André Neher. Figure des études juives françaises, Hermann, 274 p., 35 euros

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