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18 Novembre 2017 | 29, Heshvan 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Israël

Les Juifs de Hongrie retrouvent leur nom

(De gauche à droite) Miry Gross, Avner Shalev, Annette Wieviorka, Pierre-François Veil. (ISH / Yad Vashem)

Yad Vashem en association avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah vient d'achever dix ans de recherches pour identifier les victimes de la Shoah des territoires de Grande-Hongrie.

C'est l'aboutissement d'un travail colossal que les deux organisations ont marqué le 26 octobre lors d'une cérémonie à Jérusalem. Une œuvre inédite par son ampleur et sa méthodologie qui a été rendue possible grâce à l'engagement de Simone Veil. Celle qui allait devenir un des plus importants personnages de la politique française de la fin du XXe siècle, n'avait jamais oublié les cohortes de Juifs hongrois arrivant au camp de Birkenau, où elle était prisonnière au printemps 1944. Sur les six cent mille Juifs de Hongrie exterminés par les nazis, seuls 40% avaient pu être identifiés jusque-là. Désormais, 80% ont pu être recensés avec certitude. 

Longtemps, la seule source disponible était le recensement accompli par Serge Klarsfeld  dans les années 80, dans le cadre du projet Nevek, à partir des registres des camps de prisonniers et de travaux forcés. Mais les historiens restaient  convaincus qu'il existait une liste établie par les nazis, cataloguant tous les noms des victimes et qu'il leur fallait la retrouver. Après des décennies de vaines recherches, ils ont décidé d'inverser la logique : au lieu de localiser un document hypothétique, ils devaient le créer. A partir de 2007, une équipe de 20 chercheurs a entrepris de quadriller toutes les archives hongroises qui venaient d'être ouvertes au public. Tout y est passé : les archives de la communauté juive ou ce qu'il en restait, les dossiers entreposés dans les ministères, les registres d'état-civil et même les archives judiciaires. Une masse de près de deux millions et demi de pages a été patiemment et minutieusement recensée puis copiée. 


Redevenus des êtres humains

La phase suivante a consisté à traiter cette gigantesque collecte d'informations, grâce aux technologies les plus modernes, sur le modèle du « big data », permettant d'analyser simultanément des documents de sources, de qualité et de formats différents. Les ordinateurs de Yad Vashem ont intégré les données, puis les ont recoupées, écarté les noms déjà recensés, distingué ceux qui avaient péri dans la Shoah de ceux qui avaient survécu. A l'issue du processus, 225 000 noms supplémentaires ont été intégrés à la base de données centrale des noms des victimes de la Shoah établie par Yad Vashem.

Non seulement les Juifs de Hongrie ont retrouvé leur nom, mais ils ont aussi recouvré un visage. Les Archives de Yad Vashem ont reconstitué le parcours des victimes, leur famille, leur histoire. Après être restés des statistiques durant plus de 70 ans, ils sont redevenus des êtres humains. Le modèle mis en place devrait permettre de compléter les 100 000 identités encore manquantes pour la Shoah de Grande Hongrie, mais également d'identifier un million de victimes juives des pays d'Europe orientale, toujours anonymes. C'est hélas la limite que les historiens de la Shoah estiment réaliste. Le sixième million de victimes ne pourra probablement plus reprendre son identité.

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